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L'Éducation nationale déconseille Microsoft, puis lui signe un chèque de 152 millions d'euros

Par Vincent Lautier - Publié le

L'Éducation nationale a prolongé son accord-cadre avec Microsoft jusqu'en 2029, pour un montant pouvant atteindre 152 millions d'euros. Le contrat couvre près d'un million de postes de travail et de serveurs. Le problème, c'est que le ministère lui-même recommande de ne plus utiliser les logiciels de l'éditeur américain. Curieux non ?

L'Éducation nationale déconseille Microsoft, puis lui signe un chèque de 152 millions d'euros


Un contrat de 152 millions d'euros



Le contrat avait été renouvelé en 2020, puis de nouveau en mars 2025 pour douze mois, avec une reconduction tacite possible jusqu'à quatre ans. Le ministère a confirmé à Mediapart que l'accord ira bien au bout de cette durée. Il couvre les ministères de l'enseignement supérieur, de l'éducation nationale, des sports et de la jeunesse, et concerne près d'un million de postes de travail et de serveurs. Sauf que voilà : quelques jours avant ce renouvellement, la direction du numérique pour l'éducation avait envoyé une note aux recteurs indiquant que les logiciels d'éditeurs non européens étaient proscrits pour les données sensibles.

L'Éducation nationale déconseille Microsoft, puis lui signe un chèque de 152 millions d'euros


Des risques qui ne sont plus théoriques



Le contexte a bien changé. L'administration Trump a montré qu'elle n'hésitait pas à faire plier ses propres entreprises. Fin février, elle a ordonné à toutes les agences fédérales de cesser d'utiliser les technologies d'Anthropic, pour avoir refusé d'ouvrir son IA à l'armée. En mai 2025, Microsoft avait supprimé le compte e-mail du procureur de la Cour pénale internationale sous la pression de Washington. Le FISA et le Cloud Act autorisent d'ailleurs un accès aux données traitées par des entreprises américaines, y compris quand elles sont hébergées en Europe. Le ministère assure que ses données sont stockées sur des serveurs étatiques sous Linux et ne sont pas exposées. Mais des logiciels Microsoft font quand même tourner ces serveurs, et le risque, selon les spécialistes, n'est donc pas nul.

Des alternatives qui existent, mais que personne ne déploie



Les solutions souveraines sont pourtant là. La Direction interministérielle du Numérique développe LaSuite, un ensemble d'outils open source pour les agents publics, et des alternatives comme les serveurs Eole existent déjà dans certaines académies. Le ministère dit y travailler. Sauf que la direction du numérique pour l'éducation freine pour ne pas déployer LaSuite, avec toujours le même argument : on est trop gros. Pratique. L'autre souci, c'est la dépendance : tout le monde sait se servir des outils Microsoft, et changer coûte du temps et de l'énergie. Un cercle vicieux, puisque continuer à financer Microsoft permet à l'entreprise de renforcer son lobbying et d'améliorer ses services, au détriment des concurrents européens.

L'Éducation nationale déconseille Microsoft, puis lui signe un chèque de 152 millions d'euros


On en dit quoi ?



Franchement, 152 millions d'euros pour des logiciels que l'État recommande lui-même de ne plus utiliser, c'est quand même un peu fort. Le ministère a beau dire que les données sont hébergées en France sur des serveurs sous Linux, les lois américaines ne font pas cette distinction. Et avec un président américain qui n'hésite pas à faire pression sur ses propres entreprises, le risque n'est plus du tout abstrait. Le comble, c'est que les alternatives existent et sont développées par l'État lui-même, mais personne ne veut les déployer. On ne se sortira jamais de cette histoire.